vendredi 25 novembre 2011

2011 : Sanmaur fait de nouveau les manchettes…

... en plus d'être canonisé !


Une chronique, une vente immobilière et un fait divers

rappellent l’existence du village de mon enfance.

[59]




Et d’une…


« Diantre et juste ciel ! », voilà un autre journaliste du groupe CYBERPRESSE, en l’occurrence, Jean-Marc Beaudoin, qui verse quelque peu dans l’errance historique en écrivant, le 21 juillet dernier, que l’un des Prix Nobel de physique de 2009, Williard Boyle, avait résidé à Sanmaur, ce patelin mythique de la Haute-Mauricie, aujourd’hui un secteur de la Reine de la Mauricie méridionale, La Tuque.


Willard Sterling Boyle (19 août 1924 – 7 mai 2011). Source : Wikipédia (page consultée le 29 septembre 2011).


Voici la reproduction d’un extrait de la chronique parue dans le quotidien trifluvien Le Nouvelliste.


Cliquez sur l'illustration pour être en mesure de lire le texte.


La chronique m’a été refilée par un ami latuquois, Luc Labrecque [1], dont le paternel, Alfred, avait été, à la fin des années 1940, un entrepreneur (un djobbeur, disait-on, à l’époque) pour le compte de la Brown Corporation. Alfred avait justement installé sa petite famille au dépôt (base) Chaudière, en amont de Sanmaur.


Et c’est là, dans le minuscule patelin situé à l’époque au terrifiant et infranchissable rapide Chaudière, sur la Saint-Maurice, lieu de transit vers La Loutre, que le physicien a véritablement passé une bonne partie de son enfance et de son adolescence. En effet, son père, Ernest Boyle, y était le médecin de la papetière étatsunienne et sans doute soignait-il aussi les employés de la Canadian International Paper et ceux de la Consolidated. Sa pratique médicale l’obligeait à couvrir un immense territoire, depuis Windigo, au Sud, jusqu’à La Loutre (le barrage Gouin), au Nord, où il séjournait fréquemment, ainsi que d’autres installations de la Brown. Il devait sans doute aussi se rendre dans les dizaines de camps forestiers éparpillés sur ce grand territoire mauricien.


Les Boyle ont quitté la Haute-Mauricie en 1944, probablement le 30 septembre, car on leur organise une fête d’adieu à Sanmaur, où s’arrêtait le train du Canadien National, seul lien fiable avec La Tuque et le reste du Québec. C’est donc avant que la plupart des employés de soutien de la division forestière de la compagnie y soient mutés, depuis Windigo, au début de 1947, et que Sanmaur devienne le dépôt, LA base la plus importante de la Brown au nord de La Tuque, au coeur des immenses concessions forestières obtenues de Québec.


Lors du séjour de la famille Boyle dans ce coin de pays mauricien contrôlé en grande partie par cette compagnie, c'étaient Windigo, sur la ligne du Canadien National, et La Loutre – que l’on atteignait depuis Sanmaur, dernière gare ferroviaire sise sur la rive droite de la Saint-Maurice, au confluent de la Manouane, puis en se rendant à Chaudière, en remontant la rivière, pour y emprunter une voie ferrée qui s’était rapidement détériorée, construite par la Fraser-Brace, les maîtres d’oeuvre de la construction du barrage Gouin – qui constituaient les principales bases des opérations forestières de la papetière dont la maison mère était établie depuis près d’un siècle, à Berlin, ville du Nord du New Hampshire.


Avant 1947, et ce, pendant près d’une trentaine d’années, Sanmaur, qu’atteindra la ligne ferroviaire du Transcontinental en 1913, avait été plus ou moins un simple lieu de passage, pour la Fraser-Brace d'abord, puis les employés de la Brown, de la Commission des eaux courantes, de la St. Maurice Forest Protective Association, entre autres, et les bûcherons se rendant dans les camps environnants [2] – il est d’ailleurs fautif de parler de l’existence de camps de bûcherons à Sanmaur même, à ma connaissance, il n’y en aurait jamais eu –, de même que pour les marchandises destinées aux autres bases installées en amont et autour du village. Les différentes livraisons du Brown Bulletin, mensuel publié depuis 1919, montrenty bien que Windigo avait été le principal centre des activités forestières de la Brown jusque-là.


Ceux qui n'ont pas une idée précise de la géographie physique de ce vaste territoire en ont écrit toutes sortes de balivernes. Même certains historiens chevronnés des Bas mauriciens ont proposé des «incertitudes», des incongruités frisant l’anachronisme. L’histoire de ce que j’appellerais «l’intendance forestière» reste à faire : jusqu’ici, l’histoire ne s’est intéressée qu’aux métiers de bûcheron et de draveur, et à la vie dans les camps forestiers.


Dommage que le carnetier trifluvien du Nouvelliste, à l’instar de cet historien des Bas, responsable d’un ouvrage consacré à l’histoire de la navigation sur la Saint-Maurice, n’ait pas daigné pitonner un brin dans Internet pour y chercher noms, dates et renseignements pour documenter son article. D’ailleurs, dans le cas dudit historien shawiniganais, son ouvrage comporte moult omissions et erreurs qu'il n'aurait pas commises en pitonnant un peu.


C’est ainsi qu’Internet aurait mené Jean-Marc Beaudoin, d’ordinaire chroniqueur chevronné, aux sujets variés et intéressants, au précédent épisode de mon carnet, SANMAUR, inscrit en mai 2010, solidement documenté, qui venait corriger les assertions de son jeune collègue du Soleil, le quotidien de Québec à propos des «racines mauriciennes» de Boyle. M’enfin : monsieur Beaudoin aura eu le mérite d’insérer une nouvelle occurrence du toponyme qui m’est cher dans la gigantesque base de données de Google. Ce n’est pas rien. Je lui en sais gré.


Et, bien sûr, me reprochera-t-on, la critique est facile…



Et de deux…


Deuxième élément de l’actualité sanmauresque : la publicité liée à la mise en vente de l’ancien presbytère de Sanmaur, érigé en 1948, immédiatement après l'érection de la petite et coquette église. Le presbytère demeure l'un des rarissimes vestiges reconnaissables de la belle époque du village. Il a été converti en 2004 en un dépanneur et casse-croûte, puis en une petite auberge, Le Mistral. La proposition de vente comportait quelques approximations toponymiques.



La facette est de l‘édifice, illustrant un ajout à l’arrière. À droite, la maison érigée sur les fondations de la seconde école, inaugurée à l'automne 1949. L’apparence extérieure du bâtiment est demeurée quasi inchangée, tandis que l’intérieur en a été grandement remodelé. La publicité de l’agence immobilière n’était pas très claire, situant le commerce dans le territoire vaguement présenté comme étant «Sanmaur La Tuque (Rivière-Windigo)».

Source : publicité Internet Remax.


Mais ce fut un beau prétexte à sortir de mes archives diverses photos de cet immeuble et de ses modifications à travers les ans. Lors de mon passage à Sanmaur, en mai 2006, il m’a semblé que la clientèle de l’établissement se composait principalement d’agents de la SQ et de la police amérindienne de Wemotaci, à deux kilomètres à peine, sur la rive gauche de la Saint-Maurice.


En septembre, puis plus récemment, en novembre, j’ai pu causer un brin avec Murielle Clément, une Latuquoise d’adoption et conjointe d’un pilote de brousse d’Air Saguenay, qui m'a refilé quelques informations dans ce dossier. Dans l’attente d’une vocation nouvelle pour l’édifice, madame Clément s’occupe de la gestion de la petite auberge qui compte sept chambres, occupées, ces jours-ci (novembre 2011) par des travailleurs qui s’affairent à des projets de rénovation à Wemotaci.


Voici donc une galerie de photos de ce vestige architectural.


Le presbytère, dans son état originel, vers 1949. La soutane, c'est l'oblat Édouard

Meilleur, le premier curé de la paroisse Saint-Gabriel-Lallemand. Carte postale de l'époque.


Carte postale éditée au début des années 1950.


Noël 1953, dans le parloir du presbytère.
Albert Lesage personnifie saint Nicolas. Sauf erreur, il était mécanicien et fut à l'emploi de Gaston Pothier, le restaurateur de l'endroit qui détenait l'agence de tronçonneuses Stilth, ce qui fit de lui un millionnaire... Madame Lesage jouait de l'harmonium lors des cérémonies religieuses. Dans le groupe, des Pelletier, des Houle...

Photo : Léopold Lacasse

Hiver 1953. L'école, le presbytère et l'église, vus du sud-ouest.
Photo : Léopold Lacasse

Sanmaur, août 1960.
De gauche à droite, le restaurant de Gaston Pothier, l'école,
le presbytère et l'église, derrière le magasin général Thériault dont on aperçoit le faîte.

Photo : Pierre Cantin

Sanmaur, 1970. Coin inférieur droit : l'emplacement du restaurant de Gaston Pothier, l'un des lieux où se déroule l'intrigue du roman de Normande Élie, Escale à Sanmaur.
En avant-plan, la ligne du Canadien National. Photo aimablement fournie par Paul Tremblay.


Le presbytère dans les années 2000

Mai 2006. L'édifice devenu dépanneur. Photo : Pierre Cantin
Côté est. Photo : Pierre Cantin, mai 2006
Côté ouest. Photo : Pierre Cantin, mai 2006.
La façade donnant sur le sud. Photo : Pierre Cantin, mai 2006.

Le dépanneur devenu auberge. Photo : Pierre Cantin, novembre 2007.


L'auberge Le Mistral, 2010 ou 2011
(Photos de l'agence Remax)


Et de trois


Finalement, Sanmaur se retrouve de nouveau sur la mappe à l’occasion de la parution d’un fait divers relaté par le correspondant latuquois du Nouvelliste, Gabriel Delisle, que je livre ici in extenso.


*****

L'argent saisi lors d'une perquisition lui sera remis


Gabriel Delisle
Le Nouvelliste



- 11 août 2011 (La Tuque) Une femme de 52 ans vivant dans des conditions qui ont amené le Tribunal à la qualifier d'ermite, et qui a été reconnue coupable de trafic de drogue plus tôt cette année, l'a échappé belle hier au palais de justice de La Tuque. Le juge Jacques Trudel de la Cour du Québec a ordonné la remise à Danielle Bélair de 48 950 $, saisis lors d'une perquisition à son domicile, en 2006.

Le Tribunal estime que rien ne démontre que cet argent soit le produit d'un commerce illégal. La juge Trudel conclut que les conditions de vie minimalistes de Mme Bélair combinées aux différents emplois saisonniers qu'elle occupait ainsi qu'à ses économies personnelles lui ont permis d'amasser cette somme.

La dame réside dans le secteur de Sanmaur, près de la communauté atikamekw de Wemotaci, dans ce que plusieurs appelleraient un camp de chasse. Le domicile n'a même pas l'eau courante.

Les seules dépenses de la femme sont la télévision, l'électricité et le téléphone. Son train de vie sans consommation de luxe ainsi que ses preuves de cotisations à l'impôt ont fait pencher la balance en sa faveur.

Danielle Bélair a été reconnue coupable en mai dernier de trafic de cannabis et de haschisch. Elle a été condamnée à sept mois d'emprisonnement avec sursis, à une amende de 5000 $ ainsi qu'à une période de probation de deux ans.

Lors de l'opération policière, quelques centaines de grammes de cannabis ainsi que de haschisch ont été découverts de même que près de 53 000 $ en argent.

Toutefois, 4 000 $ seulement étaient rangés avec la drogue. Le juge Trudel a déterminé que la preuve de la poursuite ne démontre en rien que le commerce de drogue était important et qui permettait à Mme Bélair d'engranger de tel profit.


*****



[1] Le hasard, le hasard…


Voilà que j’apprends que la même agence immobilière est chargée depuis quelque temps de la mise en vente de l’une des plus anciennes institutions de restauration de La Tuque, Chez Scarpino, connues depuis les années 1940, sous le nom de «Le Pignon rouge», dont on trouvera moult photos sur la page


LA TUQUE, DES GENS, DES LIEUX, DES ÉPOQUES

(https://www.facebook.com/groups/106491422718720/ )


et dans le carnet du docte Hervé Tremblay,


LatuKoiseries

(http://latuquehistoire.blogspot.com/).


Le Restaurant Scarpino, à l'angle des rues Saint-Joseph et Saint-Louis.

Photo : Pierre Cantin, 22 mai 2006


Or, l’une des propriétaires de cet établissement est la fille aînée d’Alfred Labrecque, Doris. Sa famille occupait, à Chaudière, l’un des rudimentaires camps en bois rond voisins du nôtre, les Cantin. Jusque dans les années 1960, les deux familles ont continué de se voir.


Je ne sais si le vénérable établissement culinaire est encore en vente : on en demandait presque un demi-million de dollars. Et je ne sais pas non plus si, à cause de la voie de contournement, le trafic a ralenti au coeur même de la Reine de la Moyenne-Mauricie.


[2] Ces travailleurs forestiers pouvaient se reposer, à leur arrivée par le train de nuit, dans une espèce de dortoir aménagé au sous-sol de l’«office», l’édifice qui hébergeait les services comptables et le bureau d’embauche, situé tout près de la gare.


L'édifice administratif de la Brown, l'office, inauguré en janvier 1947. La photo est de 1956 et montre la bannière de la Canadian International Paper, qui avait acheté l'usine de La Tuque et les concessions de la Brown en décembre 1954. L'entrée du dortoir est visible à gauche, derrière l'immense panneau.


L'office, vers 1948. Cachée, en partie, la première école de Sanmaur.

À gauche, la butte qui sera nivelée en 1949.


*****


Petits extras


L'oblat Édouard Meilleur et ses accessoires de commis voyageur,

lors d'une visite dans un chantier forestier. Probablement fin des années 1940.





Et cette histoire de la canonisation de Sanmaur, me rappellerez-vous, évoquée dans le titre de mon épisode ? Eh bien ! voici le cas, amalgame d'hilarité et de loufoquerie...


C’est la « meilleure » des occurrences sanmauresques de l’année 2011 : cette belle « perle» papiste, «Saint-Sanmaur» [sic], c'est une drôlerie pondue par un zouave, une zouavesse, de l’archevêché de Québec, à qui j’avais demandé de me délivrer un acte d’apostasie en bonne et due forme pour signifier mon retrait des rangs de cette misérable multinationale vaticane, gérée actuellement par ce pédégé qui fut un joyeux membre des Jeunesses hitlérienne, non pas un GI Joe, mais un joseph réactionnaire de première, dont les prises de décisions s’avèrent souvent criminelles. Bref, après quelques accrochages épistolaires et téléphoniques, j’ai enfin reçu cette attestation sur laquelle on avait précisé, en toutes lettres, que j’ai été confirmé à SAINT-SANMAUR ! De ces simagrées, je n’ai pourtant point souvenance, encore moins du soufflet épiscopalien, sans doute administré par Georges-Léon Pelletier, un fieffé chauffard…


Cette nouvelle appellation de Saint-Sanmaur procède peut-être d’une nouvelle campagne d’évangélisation sauvage à l’oblate ! Et qui sait, la carte de la Haute-Mauricie pourrait se retrouver parsemée de nouveaux toponymes : Saint-Windigo, Saint-Rapide-Blanc, Saint Wemotaci, Saint-Gouin, amen


lundi 31 mai 2010



Un prix Nobel … de [à] La Tuque ?
Mais pas du tout, il y a erreur !
Et non, Chaudière-sur-Saint-Maurice
n'est [n'était] pas situé dans la
région de La Tuque...
[58]
La manchette du quotidien Le Soleil, de Québec.
Récemment, un jeune journaliste du quotidien Le Soleil de Québec, Jean-François Cliche, écrivait qu’un des Prix Nobel de physique pour 2009, Willard Boyle, était passé par La Tuque, sans trop préciser le sens de ce verbe d'action. Ce physicien doué, d’après un de ses contemporains, John McCarthy, dont les parents étaient des amis intimes des Boyle, était certes passé (au sens premier du terme) souvent «par» la Reine de la Moyenne-Mauricie … mais à bord d’un wagon de ce convoi du Canadien National qui, pendant des décennies, a fait la navette quasi quotidiennement entre Cochrane, en Ontario, et Hervey-Jonction, là où se faisait l’arrimage des deux trains de passagers en provenance de Montréal et de Québec.
Pour se rendre à Chaudière, naguère un dépôt (en français soutenu on écrirait une «base») de la papetière Brown Corporation, sis alors à plus de 150 kilomètres de La Tuque, où le lauréat a passé une partie de son enfance, il lui fallait, bien sûr, «passer» par cette ville, puis descendre du train à Sanmaur, aux petites heures du matin, pour emprunter ensuite la voie fluviale, celle de la Saint-Maurice !
Que le journaliste écrive que Chaudière faisait partie la région de La Tuque, c’est comme si on soutenait que cette petite ville appartenait à la région de … Trois-Rivières. Légère méconnaissance de la géographie mauricienne, quoi !
M’enfin, il n’y a pas de quoi en faire un plat ! L’important, c’est que le nom de ce lieu de transit d’hommes des bois et d’équipement forestier jusqu’à la fin des années 1940, mais aujourd’hui disparu, Chaudière, ait été mentionné. C’est marquer l’importance, dans le cas du célèbre inventeur du laser continu, et co-inventeur de l’image numérique, ce qui n’est pas rien, des lieux de notre enfance. De plus, cette mention du toponyme venait me rappeler que je n’avais rien écrit dans mon carnet sanmauresque depuis décembre 2009…
Voici donc, pour l’instant, une petite chronique sur les Boyle, nourrie, comme plusieurs autres, des éphémérides de Jerry McCarthy, source primaire majeure de mon carnet, et d’une enrichissante conversation téléphonique (28 mai) avec son fils, John, aujourd’hui résidant de Québec, et avec qui j’ai pu communiquer grâce à Richard Scarpino qui m’a fourni ses coordonnées.
Les BOYLE en Haute-Mauricie
Photo tirée du site du Musée des sciences et de la technologie du Canada, à Ottawa.
Boyle y signe un petit texte autobiographique.
Willard Boyle, fils du docteur Ernest Boyle et de Bernice Dewar (qui lui donnera tous ses cours du primaire et quelques-uns du secondaire, que ses amies surnomment«Bonnie»), précise qu’il serait arrivé à Chaudière, en Haute-Mauricie, à l’âge de trois ans, donc, en 1927.

Toutefois, Jerry McCarthy, à moins qu’il ne confonde les années, écrit, dans ses éphémérides, que le prédécesseur du docteur Ernest Boyle, un nommé Prud’homme, aurait démissionné de son poste de médecin de la compagnie Brown le 13 novembre 1930, et qu’il aurait été presque immédiatement remplacé par Boyle, lequel s’installe d’abord au lieu dit le «15 Milles», sur la rive droite de la Saint-Maurice, 15 miles étant la distance le séparant de Sanmaur [1], en aval, à la hauteur de la réserve amérindienne de Wemotaci. Cette minuscule agglomération n'était alors accessible que par bateau. Elle était l'une des bases de la compagnie. Plus tard, on y installera un service de traversier.
Par la suite, la famille se fixe à Chaudière. C’est de là qu’elle part, le 3 mai 1933, pour transporter ses pénates à La Loutre, au camp 36, précise McCarthy, où elle résidera jusqu’au 29 décembre, date à laquelle elle retourne à Chaudière.
Dans l’ordre habituel, à l’arrière : Bernice Dewar, Ernest Boyle, Charles LeTemplier, Jerry McCarthy. À l'avant, Catherine Carter, la fille du gérant de la Brown, à La Loutre, et Azilda Giard, l'épouse de McCarthy
Le garçon, à la gauche d’Ernest Boyle, c’est le jeune Willard. Il a neuf ans. On le surnomme « Billy ».
À gauche, chapeau appuyé sur son oreille droite, Jerry McCarthy.
Les deux photos sont extraites des documents laissés par McCarthy. Elles ont été prises à La Loutre, le 6 août 1933. Aimablement fournies par Patrick McCarthy.
Les McCarthy et les Boyle deviendront rapidement des amis très proches et, une fois que le médecin et sa famille auront quitté définitivement la Haute-Mauricie, à l’automne de 1944, pour s’établir à Montréal, ils se reverront souvent malgré l’énorme distance les séparant.
Quand les deux fils de McCarthy seront pensionnaires à Berthier et à Montréal, les Boyle leur rendront visite et les accueilleront chez eux.
Voici quelques entrées consacrées à Ernest Boyle et à sa famille, tirées des éphémérides de Jerry McCarthy.
17 juin 1934 : excursion de pêche au lac Bennett, près du barrage Gouin, avec les Boyle. C’est McCarthy qui les ramène à Chaudière. À l’époque, on utilise des camions dont les roues ont été adaptées pour circuler sur le vieux chemin de fer construit par la Fraser Brace en 1915.
Le 7 janvier 1936, Boyle se rend à La Loutre enlever le plâtre de Jerry McCarthy qui s’était fracturé un pied.
Quelques jours plus tard, le médecin se rend à Sanmaur pour y soigner une dame Mongeon.
Le 2 août, McCarthy et un collègue de travail, de passage au dépôt Chaudière, couchent dans le bureau de Boyle. Les deux hommes se sont pratiquement fait dévorer par les brûlots, note McCarthy !
Le 2 décembre, McCarthy installe les fils électriques dans la maison du docteur Boyle qui profitera du service quand le courant sera disponible, le 8 suivant.
Le 25 janvier 1939, Boyle vient soigner McCarthy à La Loutre.
Le 23 décembre 1940, un incendie ravage le garage de la compagnie à Chaudière. La voiture de Boyle est une perte totale.
Le 30 septembre 1944, fête d’adieu pour les Boyle à Sanmaur.
1er janvier 1952, les Boyle, venus passer les Fêtes à La Loutre, assistent à une soirée dansante au club social de l'endroit.
Le 11 février 1954, Dod, l’épouse de McCarthy se rend à Sanmaur pour y rencontrer les Boyle.
Du 18 au 21 avril, Jerry McCarthy est soigné dans un hôpital de Montréal pour des problèmes d’estomac. Le 22, il est reçu chez les Boyle.
Le 17 août 1959, Boyle et deux de ses confrères font un voyage à La Loutre. Ce sera la dernière présence de Boyle au barrage Gouin, car cette année-là, McCarthy sera muté à La Tuque, puisque la Canadian International Paper, qui a acheté les installations de la Brown en décembre 1954, y a rapatrié tous les services de sa division forestière.
On trouvera, dans Internet, plusieurs articles sur le prodigieux fils du docteur Ernest S. Boyle, dont celui-ci
complété par une photo, sans doute des années 1930, qui illustre la voie de chemin de fer érigée en 1915 par la Fraser Brace, l’entrepreneur général lors de la construction du barrage à la Loutre, pour y transporter le matériel depuis le débarcadère de Chaudière. Le matériel, arrivé à Sanmaur par train, était transféré sur des barges remorquées jusqu’au pied des rapides Chaudière, sur la Saint-Maurice, obstacle infranchissable par bateau.
C’est dans un camp semblable qu'en 1947 et en 1948 ma mère, mon frère Robert et moi, et par moments, mes oncles Steven et Donald Lee, et leur sœur Juanita, nous habiterons avant d’avoir accès au logis de Sanmaur.
[1] Encore une fois, c'est Guy Beaudoin, neveu de Jerry McCarthy, lecteur plus qu'attentif de cette chronique, qui m'a corrigé et m'a fourni des précisions sur les lieux et les faits évoqués ici. Il a identifié les gens des photos de 1933. Je l'en remercie.

samedi 26 décembre 2009

Depuis le coq jusqu’à l’âne … à la loutre
aux «L» bien majuscules !

Le premier septembre dernier, dans ma boîte aux courriels, habituellement encombrée au petit matin, – je floche plus hardiment que je n'ouvre – atterrissait un envoi titré «La Loutre » et signé «Louise Jacob». Projeté dans le cyberespace depuis le New Hampshire, État berceau de la Brown Corporation, dont l’histoire, très clairsemée, occupe passablement d’espace dans le présent carnet, le titre a su, bien sûr, capter toute mon attention.

Louise Jacob m’y confiait que son grand-père, Azarius Rompré, monté de Saint-Casimir-de-Portneuf, village de la Basse-Mauricie, à La Loutre, y avait été à l’emploi, dans les années 1920 et 1930, du bonhomme John H. Carter, alors patron du dépôt de la Brown, mieux connu de nos jours sous le toponyme de barrage Gouin. Elle ajoutait que sa mère, Louisa, et sa tante, Liliane allaient parfois passer l’été avec leur père dans ce coin sauvage.

Deux portraits du grand-père de Louise Jacob, Azarius Rompré, en tenue d’officier de police,

qu’elle m’expédie dans un second envoi.

À gauche, dans son patelin de Saint-Casimir; à droite, peut-être à La Loutre, si l’on en juge par le décor, à moins que ce ne soit l'un des lacs du comté de Portneuf, dans les Bas.

Louise Jacob joignait quelques photos à son courriel – et m'en promettait d’autres – dans une enveloppe lourdement affranchie, que je reçus quelques jours plus tard.

* * *Intéressante photo fournie par Louise Jacob. L'un des camions muni de roue d'acier pour circuler sur la voie ferrée installée, vers 1915 par la Fraser Brace, entre le dépôt Chaudière et La Loutre, tire un wagon lourdement chargé.


Dans ses éphémérides du 4 juillet 1929, Jerry McCarthy, signale qu’un certain Rompré a effectivement reçu la visite de ses deux filles. Louisa a alors 17 ans et son aînée, 19. Le patronyme revient en 1930, puis, le 13 octobre 1933, McCarthy signale que Rompré a entrepris d’abattre des arbres qui serviront de poteaux pour les lignes électriques et téléphoniques. Il sera de l’équipe qui, en novembre, installe une ligne pour les entrepreneurs privés occupés à trancher, sur la rive gauche de la Saint-Maurice, les épinettes qui emprunteront le courant de la majestueuse rivière pour se retrouver sur les tas de bûches de l’usine de La Tuque, beaucoup plus bas.

Le 22 juin 1935, Azarius Rompré participe à une grande fête communautaire à La Loutre. Son nom est aussi mentionné le 23 mai 1936.

Dans une note datée du 27 mai 1939, McCarthy écrit que Rompré, très malade, doit garder le lit.

Finalement, en 1950, McCarthy fait allusion à une certaine «Rompré Road». Un lien avec l’homme de Saint-Casimir ?

Azarius Rompré est décédé en 1949. Il était âgé de 76 ans. Selon sa petite-fille, il n’aurait pris sa retraite à qu’à 70 ans. Il aurait donc été actif jusqu’en 1943.

* * *

À l'avant, la mère de Louise Jacob, Louisa Rompré. La Loutre vers 1930.Louisa Rompré (debout) et sa soeur Liliane, au milieu des pitounes accumulées en amont du barrage Gouin. Vers 1930.

Un attelage de chiens, à La Loutre, vers 1930. On eut penser que le personnage de droite est Henry Skeene, le conducteur de cette équipe canine. Photo fournie par Louise Jacob.

* * *

Parmi les photos expédiées par Louise Jacob du New Hampshire, ces souvenirs tangibles du passage de sa mère à La Loutre. De beaux objets confectionnés par des Atikameks du Haut-Saint-Maurice... mais aussi un spécimen de ces fameuses couvertures de laine de la compagnie, qu'on devait faire bouillir pour les nettoyer !

Le site BEYOND BROWN PAPER [ http://beyondbrownpaper.plymouth.edu/ ] a ajouté récemment des dizaines de photos de la fin des années 1940, prises à La Loutre. L’archiviste adjointe de la Plymouth University m’écrit qu’il resterait à numériser des milliers de négatifs illustrant des scènes des chantiers forestiers de la Brown en Mauricie. Il est curieux, en effet, de ne pas trouver, dans ce riche fonds (plus de 38 000 photos), davantage de scènes de Sanmaur et surtout de Windigo, qui fut, jusqu’en 1947, la base principale des opérations de coupes de bois de la papetière de Berlin, au New Hampshire. De cette dernière base, il s'en trouve des dizaines dans les éditions du mensuel The Brown Bulletin, que j'ai pu dépouiller grâce à la collaboration de l'historien latuquois Hervé Tremblay.

Un article, envoyé par Louise Jacob, paru il y a quelques années dans le journal Manchester Union Leader, souligne quelques faits relatifs à la Brown Company.


Celle-ci fut l’un des premières à organiser, dans ses murs, un département de recherches et de développement dont les travaux ont débouché ; sur plus de 500 brevets aux États-Unis, et 300 au Canada. C’est là qu’ont été mis au point des produits aussi différents que le papier photographique Kodak, la pellicule d'hydrate de cellulose, l’utile cellophane, et le «shortening» végétal employé dans la cuisson.

Sur l’enveloppe Priority Mail du United States Postal Service, un bison plutôt intimidant semble inviter le destinataire à admirer la jolie vignette intitulée «13 Mile Woods, New Hampshire» et lui faire savoir que la scène pourrait très bien représenter une courbe bordée de conifères de la majestueuse Saint-Maurice.

Petite correction à l'épisode 56

Un correspondant («une», peut-être) me précise que la photo de l’oblat Léopold Lacasse le montrant en compagnie d’Amérindiennes et incluse dans le dernier épisode de mon carnet, a plus que sûrement été captée à l’entrée du magasin de Ti-Cheffe St-Jean, situé sur la rive droite de la Manouane, près de la traverse. On a sans doute raison.

Puisque j’en suis à dériver de nouveau dans la soutanerie oblate, voici un entrefilet sur Édouard Meilleur, le fondateur de la paroisse de Sanmaur, que l’auteur du bas de vignette semble situer dans le Grand-Nord ! Le document a paru sans doute dans un quotidien de Québec, soit Le Soleil, soit son concurrent, L’Action catholique, feuille enfin disparue en 1973 : il était temps...

Construction de l’église de Sanmaur, 29 octobre 1947.

Photos : Charles Charest, employé de la BROWN à l'époque.

Source : Internet, Mauricie, base de données en histoire régionale, Centre interuniversitaire d’études québécoises.

* * *

« La longévité de ces choses ineptes, quand des vies valeureuses

périssent chaque jour, ne laissera jamais de me confondre.»

– Renée, la concierge ultra cultivée du roman de Muriel Barbery,

L’Élégance du hérisson (Paris, Gallimard, NRF, 2006).

Voilà bien une citation qu’on ne saurait appliquer à ce temple, démoli, à ce que m’a confié un ancien résidant de Sanmaur, établi à La Tuque depuis, Louis Lacasse – sans lien de parenté avec la soutane oblate–, qui tient l’information d’Yvon Pelletier, qui a passé la majeure partie de sa vie dans ce coin, démoli, écrivais-je, en 1988, au moment de la construction d'une nouvelle chapelle à Wemotaci.

Dépenser autant d’énergie et de piastres pour ériger un édifice à l’existence plus qu’éphémère s'avère une autre illustration d’un pouvoir abusif qui a su tirer, pendant trop longtemps, de scandaleux profits de la superstition des gens, de leur crédulité surtout…


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